LA COHABITATION ENTRE CHATS
-UN GRAND DEFI COMPORTEMENTAL-
Sarah HEATH, docteur vétérinaire en médecine comportementale CLIC, s’est penchée sur la cohabitation que nous imposons à nos chats ; ses conclusions ne manqueront peut-être pas de vous surprendre
J'ai recopié les extraits principaux ; désolé c'est un peu long mais tellement enrichissant

Titeuf, Timide & Gorky
LES POINTS CLEFS A RETENIR :
- la popularité du chat grandissant, le nombre de foyers possédant des chats est en augmentation, mais ce n’est pas sans problèmes autant pour les chats que pour leurs familles bipèdes
- le chat est une espèce sociale mais son comportement social diffère grandement de celui de l’homme ou du chien, POURTANT LES HUMAINS ATTENDENT SOUVENT DES CHATS QU’ILS SE COMPORTENT COMME EUX. . .
- dans les foyers où cohabitent plusieurs chats, la question essentielle à considérer est celle de LA COMPATIBILITÉ SOCIALE
- beaucoup de chats sont heureux de vivre ensemble si les conditions sont réunies et leurs caractères compatibles
- le comportement naturel du chat explique pourquoi tous les changements qui touchent à son environnement ou à la composition de son entourage sont pour lui des sources potentielles de stress

Falbala
Nous avons d’abord pensé que le chat n’était pas une espèce sociale et supposions que les chats se réunissaient uniquement pour procréer et qu’en dehors de la saison des chaleurs, ils restaient des êtres solitaires.
Pourtant l’étude scientifique des interactions félines a montré que le chat est bien une espèce sociale et que les chats peuvent lier entre eux d’importantes relations. Cependant LES GROUPES SOCIAUX FÉLINS SONT ESSENTIELLEMENT COMPOSES DE FEMELLES APPARENTÉES (MÈRES, GRAND-MÈRES, TANTES, SŒURS ET FILLES). Les mâles sont souvent relégués à la périphérie du groupe social. Un mâle reproducteur saillit la majorité des femelles de son territoire, les autres mâles étant généralement exclus de manière définitive !
Les comportements destinés à éloigner les chats étrangers au groupe social incluent la communication olfactive, vocale et visuelle mais si l’étranger s’approche trop près l’agressivité entre chats peut s’avérer forte
AU SEIN DES GROUPES SOCIAUX L’AGRESSIVITÉ PHYSIQUE FRANCHE EST MODÉRÉE ET RARE, ET LES SIGNAUX AGRESSIFS SONT DESTINES A ÉVITER AUTANT QUE POSSIBLE TOUT CONFLIT PHYSIQUE
Il n’est besoin d’aucune coopération dans la société féline pour améliorer l’accès aux ressources vitales et AUCUNE STRUCTURE HIÉRARCHIQUE N’EST PAR CONSÉQUENT NÉCESSAIRE !
VOICI DONC LA CONFIRMATION QUE LA NOTION DU « CHACUN SON TOUR » EST ÉTRANGÈRE A LA CULTURE FÉLINE ET LES COMPORTEMENTS DESTINES A INDUIRE UNE SOUMISSION N’ONT AUCUNE PLACE DANS LES INTERACTIONS ENTRE LES CHATS OU ENTRE LE CHAT ET L’HOMME. . .
Robin & Domino
La dissipation du conflit -caractéristique notamment des interactions canines- est donc impossible dans la société féline et l’agressivité entre chats aboutit invariablement à des coups une fois le seuil de confrontation physique franchi.
Le fait que l’interaction sociale ne soit pas nécessaire à LA SURVIE DE L’ESPÈCE RÉDUIT L’INSTINCT FÉLIN A LA RÉPARATION DES RELATIONS APRÈS LE CONFLIT
La non-obligation de contacts sociaux s’illustre par la capacité du chat à survivre seul et, que ce soit par besoin ou par choix, tous les chats semblent capables de vivre dans un vide social
Cela ne signifie pas que tous les chats choisissent d’éviter la compagnie d’autres chats ou des humains, mais ils peuvent s’en rapprocher et s’en détacher, et la plupart d’entre eux s’adaptent bien à une existence solitaire
Les chats à faible besoin sociaux vivent généralement à la périphérie des groupements sociaux alors que les chats à fort besoin sont davantage susceptibles de vivre au sein d’un groupe social. Ainsi ces derniers pourraient être plus adaptés à un environnement domestique
Il n’en demeure pas moins que l’interaction entre chats est caractérisée par des contacts de faible intensité
AU CONTRAIRE, l’interaction sociale entre humains est caractérisée par des contacts de forte intensité. Ainsi les attentes des propriétaires concernant la communication qu’ils entretiennent avec leurs chats ET la communication que les chats entretiennent entre eux peuvent donc s’avérer IRRÉALISTES...
Vanille
DU FAIT DE CETTE MÉCONNAISSANCE DE L’ESPÈCE FÉLINE, LES PROPRIÉTAIRES PEUVENT PROJETER LEUR PROPRE BESOIN DE COMPAGNIE SOCIALE SUR LEUR CHAT ET AINSI HÉBERGER PLUSIEURS CHATS SOUS LEUR TOIT. SI CES CHATS SONT LIES ENTRE EUX, L’INTERACTION SOCIALE PEUT SE POURSUIVRE DE MANIÈRE BÉNÉFIQUE, MAIS SI LA COMPATIBILITÉ SOCIALE N’EST PAS PRISE EN CONSIDÉRATION, LA SITUATION PEUT S’AVÉRER EXTRÊMEMENT STRESSANTE POUR LES CHATS CONCERNÉS. . .
Dans les foyers où cohabitent plusieurs chats, la question essentielle à considérer est celle de LA COMPATIBILITÉ SOCIALE, tout en sachant que si des chats peuvent vivre ensemble sous un même toit, cela ne signifie pas pour autant qu’ils appartiennent à un même groupe social !
Les groupes les plus éthologiquement sains sont les groupes de frères et sœurs, mais même dans ce cas, quand les chats sont obligés de partager leur territoire, ils ont des besoins comportementaux de base qui incluent :
- l’accès libre et immédiat aux ressources importantes (nourriture, eau et litière)
- des moments et des espaces d’intimité
- la possibilité de se soustraire aux stress potentiels ou de les éviter
Fleurette
Dans de nombreux foyers ces besoins félins FONDAMENTAUX ne sont pas satisfaits et les chats qui cohabitent à plusieurs sont ainsi soumis à un stress chronique modéré qui entraîne bien souvent de l’agressivité
Dans les foyers où L’INCOMPATIBILITÉ SE MANIFESTE PRINCIPALEMENT PAR L’ÉVITEMENT, LE MANQUE D’HARMONIE SOCIALE PEUT PASSER INAPERÇU PENDANT LONGTEMPS. Dans certains cas, la tension entre les animaux ne sera identifiée que quand des problèmes médicaux ou comportementaux apparaîtront...
Shanna
Le comportement NATUREL du chat exclut totalement le partage des ressources importantes (nourriture, eau et litière) mais quand ils cohabitent ils doivent partager leurs espaces de repos, leurs points d’alimentation et d’eau
Cela peut être lourd de conséquences, et le fait que les chats s’empressent de se réunir au moment des repas peut nous faire penser, à tort…, que la cohabitation se passe bien
Cette proximité observée à l’heure des repas est souvent interprétée comme un signe que « tout va bien » dans le groupe de chats mais il est important de rappeler que la nourriture est une ressource vitale et que les comportements sont souvent supprimés pour permettre l’accès à la gamelle
Ainsi LES CHATS SUSPENDENT LEUR HOSTILITÉ PENDANT LE TEMPS NÉCESSAIRE AU REPAS MAIS… LES RELATIONS ENTRE EUX EN DEHORS DES REPAS DEVIENNENT ENCORE PLUS TENDUES ET L’ÉVITEMENT EST D’ACTUALITÉ

Patapon
Nous pouvons souvent remarquer que des chats ne sont jamais dans la même pièce en dehors des repas et que même si tous les chats sont présents quand la nourriture est distribuée, certains hésitent à rester dans la pièce et feront des allers et retours pour accéder à la nourriture. Un chat peut volontairement sortir de la zone d’alimentation si un autre chat y entre ou s’écarter de la gamelle et détourner le regard si un autre chat est en train de manger. CE COMPORTEMENT EST INTERPRÉTÉ A TORT COMME UN SIGNE DE COMPORTEMENT HIÉRARCHIQUE MAIS LE FAIT EST QUE LES CHATS NE SONT PAS DES ANIMAUX SOCIAUX OBLIGATOIRES ET QU’ILS NE VIVENT PAS DANS UNE SOCIÉTÉ HIÉRARCHISÉE
ILS UTILISENT PLUTÔT DES COMPORTEMENTS D’ÉVITEMENT POUR DIMINUER LE RISQUE DE TENSION FRANCHE POUVANT ABOUTIR A UNE CONFRONTATION PHYSIQUE QUI POURRAIT MENACER LEUR SURVIE INDIVIDUELLE
POUR DÉTERMINER LE NOMBRE DE GROUPES SOCIAUX PRÉSENTS DANS UN FOYER, il est utile que la famille écrive sur une feuille de papier les noms des chats et dessine des flèches reliant entre eux LES CHATS QUI SE FROTTENT ET SE LÈCHENT LES UNS LES AUTRES. S’il n’y a aucune flèche entre les chats, tous les chats devront être considérés comme issus de groupes sociaux différents. . .

Lazzi & Rubis
Même lorsque des chats appartiennent à un même groupe social et que la proximité est assez bien tolérée, le chat est un mangeur SOLITAIRE ; manger n’est pas pour lui une expérience commune ou partagée. CELA SIGNIFIE QUE MÊME LES CHATS QUI ONT DÉVELOPPÉ DES RELATIONS SOCIALES PREFERERAIENT MANGER SEULS
Il est donc important que le nombre de points d’alimentation soit suffisant pour permettre à chacun de manger sans être en contact visuel avec d’autres
Beaucoup de chats ne considèrent pas l’eau comme une ressource suffisamment importante pour justifier un rapprochement étroit avec d’autres afin d’y accéder
Le fait est que LE CHAT A UNE TRÈS FAIBLE MOTIVATION SPONTANÉE A BOIRE
Dans la nature son alimentation permet de satisfaire la majorité de ses besoins hydriques et il ne lui est pas tellement nécessaire de boire de l’eau séparément
Dans nos environnements domestiques le fait d’apporter une alimentation peu humide peut entraîner des problèmes si l’accès à l’eau est limité par le nombre de points d’abreuvement et une consommation hydrique trop faible peut avoir de graves conséquences sur la santé de nos chats
Dans la nature les chats évitent d’instinct les sources d’eau situés à proximité de leurs proies pour réduire le risque de consommer de l’eau contaminée par de l’urine, des fèces, du sang ou des contenus de viscères. DANS NOS MAISONS CE COMPORTEMENT NATUREL EST SOUVENT NÉGLIGÉ ET LES GAMELLES D’EAU ET DE NOURRITURE SONT PLACÉES A TORT L’UNE A COTE DE L’AUTRE
Il est préférable de choisir des contenants en verre de grande taille et assez profonds car le chat aime bien voir la surface de l’eau qu’il boit

Flaubert
Obliger les chats de différents groupes sociaux à partager leurs litières peut entraîner des problèmes de malpropreté et il est important de rappeler que la limitation de l’accès à l’extérieur peut également être à l’origine de ce genre de problèmes. Veillons à prévoir des zones d’intimité et plusieurs bacs à litière fermés ou pas
UNE DES GRANDES STRATÉGIES D'ADAPTATION DU CHAT AU STRESS SOCIAL CONSISTE A SE CACHER OU A SE RÉFUGIER EN HAUTEUR. En l’absence de foyers proposant ces possibilités, les chats se sentent vulnérables et si l’accès aux ressources importantes est insuffisant, le stress chronique entraîne des comportements auto-dirigés de type léchage excessif ou des problèmes médicaux

Bianca
En conclusion :
Les chats vivent naturellement en petits groupes APPARENTES et évitent le contact avec d’autres félins qu'ils considèrent comme des étrangers !
Il n’existe pas de règle stricte concernant le nombre idéal de chats pouvant vivre sous un même toit car cela dépendra de LA COMPATIBILITÉ SOCIALE entre eux et de l’espace disponible pour la distribution des ressources (nourriture, eau et litière)
Si vous souhaitez avoir plusieurs chats dans votre foyer il est essentiel de faire particulièrement attention à la méthode d’introduction et fournir au nouveau venu des ressources vitales suffisantes pour que son arrivée ne diminue pas la disponibilité des ressources pour les chats déjà établis. Cela augmentera les chances de cohabitation harmonieuse entre chats…
Avez-vous remarqué les groupes sociaux formés par vos chats si vous en avez plusieurs ?
